Zoom sur I Know This Much Is True avec Charlotte Blum

I Know This Much Is True en exclusivité et en US+24 sur OCS

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Quand le réalisateur et scénariste Derek Cianfrance (The Place behind the pines, Blue valentine) s’est lancé dans l’adaptation du roman de Wally Lamb, I know this much is true, il n’avait aucune idée de l’état du monde au moment de sa diffusion.

Journaliste (Story séries#StorySeries), chroniqueuse (@Charlotte_Blum) et réalisatrice (The Art Of Télévision), Charlotte Blum est spécialiste de l'univers des séries. Elle propose régulièrement des contenus exclusifs afin de nous faire partager son addiction et ses pépites.

CHARLOTTE BLUM

 

C’est en plein confinement et coupé.e.s de tout que nous avons découvert ce récit en 6 épisodes qui raconte le lien douloureusement fort entre deux jumeaux, Thomas et Dominick Birdsey, le premier schizophrène, le second dévoué à son frère au point de passer à côté de sa vie.

Et puisqu’il faut s’adapter, c’est par Zoom interposé que nous avons pu rencontrer Derek Cianfrance et ses comédiens : Mark Ruffalo qui se risque à incarner les deux frères, leur donnant à chacun une personnalité propre, un regard, une démarche. Kathryn Hahn tout en délicatesse et en chaleur dans la peau de Dessa Constantine, ex-femme empathique de Dominick. Rosie O’Donnell, forte et émouvante en Lisa Sheffer, assistante sociale à la carapace moins solide qu’il n’y parait.


« I Know this much is true est une histoire d’amour. L’histoire d’amour ultime. L’amour filial ne laisse aucun choix, le lien est automatique et obligatoire, devenant à la fois un poids et une bénédiction. »

explique Derek Cianfrance, heureux d’avoir pu donner à cette histoire toute la place et l’ampleur qu’elle méritait.


« On ne m’aurait jamais laissé raconter la vie des frères Birdsey comme je le voulais au cinéma. C’est impossible. Je voulais du temps, de la lenteur, que le lien avec et entre les personnages se développe doucement. »


Mark Ruffalo complète : 


« La relation entre ces jumeaux est très complexe, on ne peut pas la compresser. Il y a autant d’amour que de haine, de la jalousie, ils sont à la fois une seule et même personne et des opposés absolus. Je comprends parfaitement ce que je ressens Dominick par rapport à son frère, le poids de la responsabilité. Il est son gardien, son protecteur. Ma mère m’a inculqué le respect de la famille et m’a répété :

"Le sang est plus épais que l’eau. La famille, c’est pour toujours, les ami.e.s, c’est temporaire. " 

La famille, c’est ce qui donne du sens à la vie et ce sont ces histoires que j’ai envie de raconter. »


12 ans après la mort de son propre frère, Scott, Mark Ruffalo a dû se confronter à ses propres démons pour incarner ce double-rôle intense. Il admet aujourd’hui que I know this much is true marque un réel tournant dans sa carrière, l’amenant vers une nouvelle façon d’envisager son métier : 


« Au moment du tournage, je sortais de The Avengers qui, s’il peut être émouvant est très installé dans une zone de confort. Cette série est tout l’inverse. Je m’y suis mis à nu, j’ai accepté d’être vulnérable, de tout donner comme je ne l’avais jamais fait auparavant.

Je me suis senti en confiance avec Derek Cianfrance pour le faire. J’ai 50 ans, mon physique décline et tout ce qu’il me reste, c’est mon âme. Jusqu’à présent, je finissais chaque film en me disant que je n’avais pas encore tout donné, j’étais légèrement sur la retenue, ça me rassurait. » 

 

Tirant un trait sur les astuces technologiques, Cianfrance et Ruffalo se sont mis d’accord pour tourner toutes les scènes de Dominick, puis faire une pause de plusieurs semaines pour laisser le temps à l’acteur de prendre du poids et s’imprégner de Thomas. Rosie O’Donnell qui partage des scènes avec les deux frères s’est laissé bluffer par le travail de caméléon de Mark Ruffalo : 


« Il est parvenu à leur donner une identité propre et s’est littéralement métamorphosé, au point que le jour où il est arrivé en Thomas Birdsey sur le tournage, je ne l’ai pas reconnu. J’ai cru qu’un SDF s’était glissé sur le plateau et dévorait les gâteaux de la table régie. C’était impressionnant. »

Pour l’actrice, humoriste et productrice, I know this much is true a également été une sorte de renaissance. Celle que l’on contacte uniquement pour des rôles comiques a pu explorer une nouvelle facette de son art,


« Toute ma vie j’ai attendu un rôle comme ça même si au premier jour de tournage, j’étais paniquée. Je n’avais jamais eu autant de dialogue pour un rôle, qui plus est pour un rôle dramatique ! Mais Derek m’a mise à l’aise.

Ce qu’il recherche, c’est l’authenticité, quitte à improviser et abandonner le scénario ce qui est très libérateur. Le tournage a été joyeux, ce qu’on a du mal à imaginer en voyant la série qui est, il est vrai, très sombre. J’apprécie la façon réaliste et pleine de compassion dont elle parle de schizophrénie.

En général, dans les fictions, les personnages schizophrènes sont des criminels, ce qui est totalement idiot. Ils ne sont dangereux et violents qu’envers eux-mêmes. C’est important de parler de maladies mentales. Après la tuerie de Columbine en 1999, je suis tombée en dépression et j’ai commencé à prendre un traitement que je n’arrêterais jamais. Il faut parler de tout ça. »


L’expérience I know this much is true s’apparente à celle vécue avec The Leftovers ou Rectify, où pleurer, souffrir, s’inquiéter ou enrager aide à guérir et à avancer. On y enchaîne les épreuves, les moments de doutes et de questionnement en se laissant aller à l’identification permanente. Les jumeaux Birdsey ne nous ressemblent pas et pourtant, ils ont nous et nous sommes eux. Cette diffusion en pleine pandémie fait alors entièrement sens : nous avons besoin de partager les vies des autres, dans toute leur noirceur s’il le faut, pour se souvenir que nous sommes vivants et qu’il y a un lendemain.

Un sentiment que partage Kathryn Hahn, 


« Quand on termine une série comme celle-ci, on a un sentiment de résilience. L’art a toujours été un soutien pour moi. Quand j’ai grandi dans l’Ohio, je passais mon temps au cinéma et j’adorais cette expérience de voir et vivre un film dramatique en communauté.

De ressentir tous ensembles, c’est très réconfortant, ça nous lie. Camille Claudel et Wild at Heart m’ont fait cet effet et comptent encore énormément pour moi. Je pense que I know this much is true aura cet effet sur le public. Voir ces personnages au bord du gouffre éveille notre empathie et notre besoin de connexion. Je le sens d’autant plus en ce moment et ça me fait beaucoup de bien. »

Retrouvez I Know This Much Is True chaque lundi sur City et à la demande. 
 

Article créé le Lundi 11 mai 2020 - 08:42