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Action et Romantisme sont les mamelles des séries policières de l'été

Post-féminisme

La descendance de Miss Marple porte des talons hauts et met des coups de têtes. Pour s'en convaincre il suffit d'allumer la télévision US cet été. En moins d'une semaine, trois chaines du câble viennent de lancer des séries policières dont les enquêtes sont menées par des femmes hors du commun : Rizzoli & Isles sur TNT, Haven sur Sy Fy, Covert Affairs sur USA. Ces héroïnes souffrent toutes d'une forme de schizophrénie, tiraillées qu'elles sont entre romantisme et testostérone. On les voit ainsi rouler à tombeau ouvert sur l'autoroute, tirer de sang froid sur des suspects désarmés tout autant que pleurnicher dans les bras d'une amie et minauder avec des collègues. Dans les séries policières de l'été, l'action tendance pyrotechnie se mêle à un romantisme de midinette.

Tour de piste des héroïnes post-féministes.

CIA ou UCPA ?

Pour ceux qui ne le savaient pas, la CIA c'est le Club Med sans les boissons gratuites. C'est en tout cas ce qu'apprend à Annie Walker (Piper Perabo de Coyote Ugly) un de ses collègues lorsqu'il lui fait faire le tour des bureaux pour son premier jour. On le croit volontiers : les premières minutes de Covert Affairs, diffusé mardi dernier sur USA Network montrent la jeune impétrante en plein entretien d'embauche avec polygraphe et sérum de vérité répondre à des questions très intimes sur sa vie amoureuse. Séquence introductive prétexte à des flashbacks langoureux sur fond de plages paradisiaques, de mamours sensuels et d'oreillers écrasés. En un mot, elle a vécu trois semaines passionnelles en Indonésie, elle s'est fait plaquer sauvagement, son coeur est brisé. Tout naturellement elle postule à la CIA comme d'autres partent en vacances a l'UCPA, histoire de se changer les idées et plus si affinités.

Brillante élève de Langley, la jeune recrue toujours chaussée en Christian Louboutin va vite découvrir que ca branche sévère à la cafet'. Les boss nous incitent à sortir entre nous, lui assure son Cicéron. Et c'est vrai que la patronne de la jeune espionne est mariée avec son supérieur direct, et figurez-vous que leur couple va mal, elle le soupçonne de la tromper. Bref, on ne peut faire confiance à personne, ni dans son couple ni dans les relations internationales. Cela tombe bien car pour sa première mission, Piper jouera le rôle d'une call-girl pour s'infiltrer dans un hôtel de luxe et récupérer des dossiers ultra-sensibles auprès d'un agent-double russe.

On arrête là. Vous aurez compris que la nouvelle série du producteur de Mr & Mrs Smith et de la trilogie Jason Bourne est fondée sur le mélange des genres et s'embarrasse peu de plausibilité. Dans une sorte de crossover des lectures d'été, Robert Ludlum s'entremêle à Voici, et James Bond au magazine Psychologies. La série est un avatar d'Alias (ABC) ou de la récente Dollhouse (FOX) dont les scénaristes seraient partis à la plage.

Mais le public semble y trouver son compte, car il est vrai que le tout est joliment filmé et assez frais en ces temps de canicule. USA Network se félicite donc des scores de Covert Affairs : 4.9 millions de téléspectateurs et surtout 2.1 millions de 18-49 ans, ce qui constitue un record pour le lancement d'une série du câble (hors Pay TV).

Sex & The City & Un cadavre

Record d'audience sur les moins de 50 ans partagé avec Rizzoli & Isles, le nouveau carton de TNT, grand rival de USA Network sur le câble. La série met en scène mesdemoiselles Jane Rizzoli (Angie Harmon) détective à Boston et Maura Isles (Sasha Alexander), médecin légiste. Quand elles ne résolvent pas des meurtres sordides (l'enquête du pilote est largement inspirée du Silence des Agneaux), elles papotent autour d'un Bloody Mary sur la difficulté de rencontrer le « Right Guy ». L'actrice Sasha Alexander décrit d'ailleurs son personnage ainsi : c'est une Carrie Bradshaw qui adorerait autant la haute couture que la dissection de cadavres.

Infiniment moins outrancière et badine que Covert Affairs, Rizzoli & Isles se concentre pour l'instant plus volontiers sur les enquêtes que sur la vie sentimentale des deux héroïnes. Mais leur amitié naissante, la vie de famille de Rizzoli (sa mère est jouée par l'excellente Lorraine Braco de The Sopranos) et leur quête amoureuse ont vocation à être exploités dans les prochains épisodes en contre-point à la noirceur des enquêtes. Prometteur.

Comme à son habitude, la chaine a profité de la nouvelle saison de The Closer pour lancer son duo d'enquêtrices. La série la plus regardée du câble, initiatrice depuis 6 saisons du renouveau des enquêtes policières féminines a parfaitement remplie sa fonction de rampe de lancement : 99% des téléspectateurs de The Closer ont regardé Rizzoli & Isles lundi dernier, soit un énorme public de 7.6 millions de téléspectateurs.

Un mot enfin sur Haven (Sy Fy), mutation paranormale du genre policier féminin. Comme le veut la tendance, la jeune agent du FBI Audrey Parker (jouée par Emily Rose) est mi-fleur bleue, mi-casse-cou. Son petit coeur souffre car non seulement elle travaille dans une station balnéaire sinistre du Maine mais de surcroit elle recherche deux hommes, son père et un compagnon. Adaptation d'un roman de Stephen King - ce qui n'est pas un gage de qualité - la série semble lorgner du coté de Julie Lescaut pour la complexité des intrigues. Et cerise sur le gâteau, on y retrouve Eric Balfour (24), qui joue terriblement mal le séducteur du village qui parvient à mettre Audrey dans son lit. Passons. Sy Fy a plus de succès avec des shows comme Warehouse 13 quand il s'agit d'intégrer plus de femmes dans son coeur de cible.

Pourquoi tant de femmes ?

Ordinairement, le public des shows dits « relationnels » comme Grey's Anatomy (ABC) ou Desperate Housewives (ABC) comporte une forte proportion de femmes. Mais on sait moins que le public des séries policières se recrute également dans les mêmes rangs. Peut-être parce qu'elles sont majoritaires dans le public de la télévision, en France tout comme aux Etats-Unis.

C'est pourquoi la fusion des genres policiers et drames relationnels semble avoir un bel avenir devant elle. À la rentrée, les chaines préparent une ribambelle de cop shows dont le ou l'un des personnages principaux sera féminin. Nikita sur The CW dans la veine de Covert Affairs, Body of Proof sur ABC ou une brillante chirurgien se reconvertit dans la médecine légale, ou Chase (NBC) avec Kelli Giddish (vue dans Damages) en dure-a-cuire poursuivant les criminels aux quatre coins des Etats-Unis.

Pluie de coups de boules et de talons hauts en vue.


Vincent Gaume

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