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CNN, l'information au temps du réel

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Quand l'information ne se conçoit plus sans storytelling, les chaines info passionnent moins que les fictions sur les chaines infos. Encore faut-il que ces histoires soient écrites par Aaron Sorkin.

Le brillant scénariste de The Social Network et de The West Wing dévoilait dimanche dernier son dernier opus, The Newsroom. Jeff Daniels y incarne le présentateur vedette d'une chaine d'information en continu.  Tiraillé entre les impératifs commerciaux de son job et sa conscience morale, égaré entre cynisme et idéalisme, l'homme tronc se rebelle. Tel un Don Quichotte se battant contre des paraboles, il tente, avec l'aide de sa productrice (Emily Mortimer) et le soutien tacite de son boss (Sam Waterson) de fournir une information plus intelligente que divertissante.

Vaste programme à l'heure où les écrans des chaines d'information américaines s'encombrent de cannibales mangeurs de chinois et d'entraineurs de football pédophiles.

Sauf qu'ils étaient presque 3 millions devant The Newsroom dimanche dernier sur HBO (2.1 millions hors multidiffusion). Une audience qui positionne le pilote devant celui de Games of Throne ou True Blood. La prouesse est d'autant plus considérable que la série montre des personnes en costume déambulant au milieu de bureaux paysagers, plutôt que des seins nus et des têtes coupées, ce qui, il faut l'avouer, est un peu devenu le leitmotiv des séries HBO du moment.

Le succès de The Newsroom, qui reste à confirmer, tient bien entendu au talent d'Aaron Sorkin et à sa patte. Les amateurs de The West Wing y retrouveront tirades débitées à 100 à l'heure, longs travellings dans des couloirs de bureaux, dialogues virant à la soutenance de thèse, contrebalancés par un humour parfois potache. On peut froncer les sourcils devant la solennité de la productrice quand elle pontifie « Nous allons reconquérir le Quatrième Pouvoir, parce que c'est notre ADN » tout en étant sensible à son romantisme « Il n'y a rien de plus important pour une Démocratie qu'un électorat bien informé ».

Sorkin ne cache d'ailleurs pas sa nostalgie d'un âge d'or du journalisme. Le générique enchaine les portraits de grandes figures du métier telles Walter Conkrite. Et il n'est pas étonnant que Dan Rather, le mythique présentateur de CBS, aujourd'hui octogénaire, ait beaucoup aimé le show.

Quand la fiction dépasse la réalité

Alors qu'HBO célébrait le succès de The Newsroom, la presse se faisait hier l'écho du déclin de CNN, la matrice de toutes les chaines d'information en continu. Ce trimestre, moins de 450 000 téléspectateurs ont suivi les programmes de la chaine en soirée. En d'autres termes, CNN a réalisé sa pire audience prime time depuis... 21 années !

Le mal est profond. Le succès international de CNN camoufle son déclin régulier aux États-Unis. La chaine fondée par Ted Turner en 1980 est depuis longtemps dominée sur le sol américain par Fox News (1.8 millions de téléspectateurs sur le trimestre) et depuis peu dépassée par MSNBC (0.7 millions).

CNN est restée fidèle à son credo originel : les faits avant les opinions, l'information avant les personnalités,  et la neutralité politique avant tout. Une vision du journalisme qui plait surement à Aaron Sorkin mais qui peine à trouver sa place dans un paysage politique de plus en plus polarisé et dans un débat public de plus en plus hystérisé.

Fox News et MSNBC font fi de la neutralité politique. Ils s'adressent directement à une cible politique nationale, les conservateurs tendance Tea Party pour Fox News, et les libéraux pour MSNBC. En s'efforçant de ne pas être partisan, CNN se voit taxé de fadeur voire d'hypocrisie.

Les seuls sursauts d'audience de la chaine ont lieu lors d'évènements internationaux, tels que la mort de Ben Laden ou le Printemps arabe. CNN est devenu en quelque sorte l'équivalent TV des Urgences. On n'y passerait pas toutes ses soirées, mais on est bien content de pouvoir y être soigné en cas de gros pépin.

Dans The Newsroom, le présentateur Will McAvoy déclare que le meilleur moyen de résoudre un problème est de reconnaître ce problème. En embauchant des personnalités de la télé-réalité comme Piers Morgan de America's Got Talent et le chef Anthony Bourdain (bientôt à l'antenne), CNN semble se tromper de diagnostic et s'administre un traitement « Art de vivre » dont l'efficacité peut être mise en doute. Pour l'information pure et dure,  il faudra se contenter de la fiction.

Vincent Gaume

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