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Etêtage de printemps

Au printemps les networks élaguent leurs grilles de programmes. Ils coupent les branches mortes, épargnent quelques jeunes pousses et parfois se résignent à abattre des chênes séculaires. L'an passé à la même époque, l'illustre Law & Order après avoir été débité en tranches (L&O: SVU et L&O: Criminal Intent) était finalement déraciné de la grille de NBC. Cette année, CBS n'a eu ni la force ni le courage d'abattre son CSI. Les Experts et leurs greffons (CSI: NY et CSI: Miami) reviendront au complet l'an prochain, en attendant de finir dans une caisse en bois.

Mais tous n'ont pas eu la chance d'être épargnés. Sur les 75 séries mises à l'antenne durant la saison TV qui s'achève, près de la moitié (33) ne reviendra pas l'année prochaine. Et seule Friday Night Lights peut se targuer de ne pas avoir été annulée, puisque NBC avait annoncé il y a deux ans que cette saison serait la dernière, nuance.  Les 32 autres infortunées ont été sacrifiées pour laisser la place à de jeunes bourgeons que le public découvrira en septembre prochain. 

Sélection naturelle

Parmi les séries arrachées à leur grille, on trouve des drames médicaux à pedigree (Off The Map de Shonda Rhimes), des spin-off huppés (Criminal Minds : Suspect Behavior), des polars léchés (The Chicago Code de Shawn Ryan) et des comédies un peu barrées (Mr Sunshine avec Matthew Perry). Mais dans leur variété, elles ont pratiquement toutes un point commun : leur tronc n'aura qu'un seul anneau car elles n'auront vécu qu'une seule saison.

En effet, les trois-quarts des séries annulées l'ont été dès leur première année. Chez NBC, le ménage est encore plus radical puisque 9 séries annulées sur 10 sont des nouveautés. Un travail de bucheron ! Qu'une nouvelle équipe dirigeante se soit installée en cours d'année ne doit pas être étranger à cette sélection dite « naturelle ».

Quoiqu'il en soit essayons de tirer quelques enseignements de cette hécatombe.

L'arbre qui cache la forêt

Tout d'abord, la présence d'une star dans le casting ne garantie rien, en particulier si cette star s'appelle Christian Slater. Les trois dernières tentatives télévisuelle de l'acteur se sont soldées par une annulation des la première saison : My Own Worst Enemy (NBC) en 2008, The Forgotten (ABC) en 2009 et Breaking In (Fox) en 2010 ont toutes fait long feu, même si les audiences de Breaking In étaient plutôt satisfaisantes. Les mauvaises langues disent que le show ne devait ses bons résultats qu'à son lead-in, American Idol à l'ombre duquel il ramassait ses téléspectateurs.

Quoiqu'il en soit , l'acteur pourra se consoler aux cotés de ses camarades Forest Whitaker (Criminal Minds : Suspect Behavior sur CBS), William Shatner ($#*! My Dad Says sur CBS), Mathew Perry, Jimmy Smits, Paul Reiser, etc. Aucun d'eux n'aura pu sauver son show.

Seuls Kathy Bates et Tom Selleck échappent à la tronçonneuse. On les retrouvera avec plaisir respectivement dans Harry's Law (NBC) et Blue Bloods (CBS). Compte tenu de ses résultats d'audience pour le moins chétifs le vendredi la série politico-judiciaro-policière aurait probablement du finir sa course cette saison. Mais la puissance du fond de grille de CBS est telle qu'elle a les moyens de laisser à Blue Bloods une deuxième chance le vendredi à 22 heures.

Seritus Interruptus

Dans l'enchevêtrement des séries déracinées, un petit tas de buches et de rondins attire l'attention. Sur leur écorce, on lit « La chaine m'a tué » ou plus trivial « Tous des nullards à la programmation ». Que s'est-il passé pour que The Event (NBC), Law&Order: Los Angeles (NBC), Detroit 1-8-7 aient tant de rancoeur ?

Ces shows ont du quitter l'antenne pendant quelques semaines, voire quelques mois, qui pour laisser la place à une programmation spéciale, qui pour mieux préparer une version 2.0 du show.  Las, leur retour fut catastrophique et l'issue fatale. Après des débuts honorables sans plus (entre 7 et 8 millions de téléspectateurs en moyenne), Law & Order : Los Angeles fut prié de se réinventer en décembre. Quatre mois plus tard, la série revint à l'antenne toute pomponnée avec un casting rafraichi et de nouvelles ambitions. S'en suivit un effondrement de l'audience aux alentours de 5 millions de téléspectateurs. NBC avec sa manoeuvre a réussi à faire fuir les fidèles sans attirer un nouveau public. Le mieux est l'ennemi du bien dit-on.

Le succès d'estime de la série policière Detroit 1-8-7 a également été brisé par une interruption durant tout le mois de Décembre. Ce phénomène de hiatus hivernal, pourtant habituel chez les networks aura été fatal à cette série un peu revêche et peu spectaculaire, à l'image de l'un de ses acteurs principaux, Michael Imperioli. De 8 millions de téléspectateurs avant décembre, Detroit 1-8-7 est tombé à 5 millions à son retour en janvier. Bonne année toi-même !

Séries agglomérées

Plus loin, on distingue un empilement de planches toutes semblables les unes aux autres. Elles se nomment Mad Love (CBS), Perfect Couples (NBC), Better With You (ABC) ou Traffic Light (Fox). Elles racontent avec humour les aventures d'un groupe de 4 à 6 personnes qui cherchent l'amour dans une grande ville. La TV nationale génère à la chaine ce genre de produits lamellés-collés, constitués de fibres de sexe et de particules de relations dysfonctionnelles. Malheureusement, pour un How I met your Mother (CBS), combien retournent à la poussière ?

Impossible à prévoir, difficile à expliquer, le succès ou l'échec d'une série est le produit de sa qualité interne et de son environnement. Mais entre sève et sciure, il lui faut toujours une bonne dose de chance.


Vincent Gaume

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